L’ikigaï se révèle un excellent support en coaching à une condition : ne pas le traiter comme un test qui livrerait « le métier idéal », mais comme un fil de questionnement qui aide la personne à relier ses motivations, ses compétences et ses aspirations, puis à les traduire en petites actions réalistes. Dans notre pratique à Nantes et à distance, nous l’utilisons ainsi : une exploration progressive, des récits plutôt que des cases à remplir, et une expérimentation concrète entre deux séances. Cet article s’adresse aux coachs, consultants en bilan de compétences, thérapeutes et autres professionnels de l’accompagnement qui veulent l’intégrer à leur pratique avec méthode.
Les points clés à retenir
- L’ikigaï est un support de réflexion et de mise en action, jamais une recette pour trouver un métier idéal.
- Une séance efficace commence par des récits vécus, puis explore chaque sphère séparément avant de chercher les intersections.
- Le processus est itératif : on revisite les constats au fil des expérimentations et des changements de valeurs.
- Le même outil sert un bilan de compétences, un coaching sur le sens au travail ou un atelier collectif, à condition d’adapter le rythme et la consigne.
- Connaître les limites du schéma à quatre cercles protège la relation d’accompagnement et la crédibilité du coach.
Table des matières
- Ce que l’ikigaï est (et n’est pas) pour un coach
- Poser le cadre avant le premier cercle
- Une séance type, étape par étape
- Les questions qui ouvrent chaque cercle
- Donner du temps à l’exercice
- Transformer les réflexions en pistes concrètes
- Intégrer l’ikigaï dans un bilan de compétences ou un accompagnement vers le sens au travail
- Animer un atelier collectif d’ikigaï
- Les limites à connaître et à dire
- Notre point de vue : l’ikigaï comme passerelle, pas comme destination
- Se former pour utiliser l’ikigaï avec méthode
- Questions fréquentes
- Sources
Ce que l’ikigaï est (et n’est pas) pour un coach
Au Japon, l’ikigaï désigne le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue. Selon cette analyse culturelle, il peut se nicher dans la famille, un jardin ou une routine, sans aucun lien avec un emploi rémunéré. C’est un point de départ précieux : vos clients ne cherchent pas forcément un métier, ils cherchent souvent une cohérence.
Le schéma à quatre cercles que l’on voit partout (ce que j’aime, ce en quoi je suis bon, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi je peux être payé) est une adaptation occidentale. La même source retrace son origine : un diagramme espagnol sur le « purpose » créé par Andrés Zuzunaga en 2011, rebaptisé « ikigai » par Marc Winn en mai 2014. Cela n’enlève rien à son utilité pédagogique, mais cela change la manière de le présenter : un outil d’exploration pratique, pas une tradition japonaise à appliquer à la lettre.
Pour un professionnel de l’accompagnement, cette honnêteté est un atout. Elle rassure les clients sceptiques, elle évite la promesse magique et elle vous place là où vous êtes le plus crédible : dans la qualité du questionnement.

Poser le cadre avant le premier cercle
Avant toute consigne, deux décisions comptent. La première : proposer l’outil plutôt que l’imposer. Si l’exercice ne « prend » pas avec une personne, d’autres approches existent (récits de parcours, travail sur les valeurs, entretiens exploratoires), et le coach gagne à les avoir en réserve. La seconde : annoncer que le travail se fera en plusieurs temps. L’Onisep, qui propose l’ikigaï comme activité de connaissance de soi et de construction de projet, précise que la démarche est complexe et qu’un schéma peut ne pas être terminé dès la première séance.
Dites-le dès l’accueil. Beaucoup de clients arrivent avec l’idée d’un schéma à remplir en une heure et repartir avec la réponse. Leur expliquer que l’ikigaï est un chemin, pas un formulaire, détend la séance et installe la confiance, ce qui est la première condition de tout accompagnement.
Une séance type, étape par étape
La littérature académique décrit un cycle plutôt qu’une ligne droite. Une étude publiée en 2025 sur l’ikigaï dans l’orientation et le conseil en carrière présente un déroulé que l’on retrouve dans la pratique : accueil, réflexion guidée sur les quatre domaines, analyse des intersections, puis planification d’étapes concrètes avec un suivi régulier. Voici comment nous le traduisons en séances.
- L’accueil par le récit. Demandez à la personne de raconter deux ou trois moments où elle s’est sentie pleinement engagée, au travail ou ailleurs. Ces histoires donnent de la matière vivante avant tout outil formel.
- L’exploration de chaque sphère, séparément. Ce que vous aimez, ce que vous savez faire, ce dont le monde a besoin, ce qui peut être rémunéré : on prend le temps de chaque cercle sans chercher à les relier trop vite.
- La recherche des intersections. On repère les thèmes qui reviennent d’une sphère à l’autre. Ce sont des pistes, pas des verdicts.
- La traduction en hypothèses. Chaque piste devient une hypothèse à tester : un métier, une évolution dans le poste actuel, une activité complémentaire.
- L’expérimentation et le suivi. Le client teste, observe, revient avec ce qu’il a ressenti, et l’on ajuste.
Ce cycle a une conséquence très concrète sur votre façon de conduire les séances : ce qui est dit à la troisième séance peut remettre en cause ce qui paraissait évident à la première, et c’est normal. Le processus gagne à être itératif, ce qui permet de revisiter les constats lorsque de nouveaux défis ou de nouvelles valeurs apparaissent.
Les questions qui ouvrent chaque cercle
Voici des formulations que nous utilisons volontiers, à adapter à chaque personne et à votre style d’accompagnement.
- Ce que j’aime : « Quelle activité vous fait perdre la notion du temps ? Qu’avez-vous fait récemment dont vous êtes sorti plus énergique qu’en y entrant ? »
- Ce en quoi je suis bon : « Qu’est-ce que les autres vous demandent régulièrement ? Quelle compétence vous paraît évidente alors qu’elle ne l’est pas pour votre entourage ? » C’est un bon moment pour faire apparaître des compétences transférables.
- Ce dont le monde a besoin : « À quel problème autour de vous avez-vous envie de répondre ? Pour qui votre travail compte-t-il ? » Restez à l’échelle humaine : une équipe, un quartier, des patients, des clients.
- Ce pour quoi je peux être payé : « Quelles situations existantes ressemblent à ce que vous décrivez ? Qui est déjà rémunéré pour ce type de travail ? »
Un point de vigilance sur ce dernier cercle. La rémunération est une contrainte pratique à examiner avec réalisme, pas un critère de sens. La recherche de Deci et Ryan (2000), rapportée par le portail PositivePsychology, souligne que les valeurs extrinsèques comme la richesse ou le pouvoir prédisent mal le bien-être durable. Gardez donc cette sphère pour la fin de l’exploration, afin qu’elle ne censure pas les trois autres avant qu’elles n’aient pu s’exprimer.
Donner du temps à l’exercice
La tentation, en séance, est de faire tenir les quatre cercles sur une seule feuille en un quart d’heure. Les modèles de travail proposés par les éditeurs d’outils vont dans le sens inverse : l’ikigaï fonctionne mieux comme une réflexion progressive de 20 à 30 minutes que comme un formulaire rempli à toute vitesse. Nous allons même plus loin pour des clients en transition : un cercle par séance est un rythme tout à fait légitime.
Prévoyez aussi du temps de silence. Beaucoup de personnes ont besoin d’une pause pour écrire avant de parler, et vous n’avez pas à combler ce vide. Ce respect du rythme est, selon nous, ce qui distingue un accompagnement d’un simple questionnaire.
Transformer les réflexions en pistes concrètes
Une belle cartographie qui ne débouche sur rien laisse le client dans le même état qu’avant, avec un joli schéma en plus. Le coach a donc un rôle précis : aider à passer de « je me reconnais là-dedans » à « voici ce que je fais lundi ». Trois leviers fonctionnent bien.
- Le remodelage de poste. L’approche du « job crafting » consiste à ajuster ses tâches, ses relations ou le sens donné à son travail. Le cadre en trois étapes de PositivePsychology la présente comme une façon de rendre actionnables les valeurs et les forces repérées sans passer par un changement radical de carrière. Pour un salarié en perte de motivation, c’est souvent la première piste à explorer.
- L’enquête de terrain. Rencontrer deux ou trois personnes qui exercent le métier envisagé, observer une journée de travail, tester une mission courte. Ces démarches coûtent peu et en disent beaucoup. Pour un client qui envisage de créer son activité, un premier test d’offre auprès de quelques personnes concernées vaut mieux qu’un long raisonnement : le support d’étude de marché de Bpifrance Création recommande par exemple de mener 5 à 8 entretiens avec des clients potentiels.
- La petite expérience réaliste. Co-construisez avec la personne une action minuscule et datée (un échange, un atelier, une heure par semaine consacrée à une activité) et convenez d’un suivi léger de ses effets. Elle revient à la séance suivante avec du vécu, pas des hypothèses.
S’appuyer sur les forces plutôt que sur les manques est aussi une posture efficace : selon les travaux relayés par la même source, concentrer l’accompagnement sur les forces du client favorise leur expression et réduit les symptômes négatifs en fin de parcours. C’est un argument de plus pour partir de ce qui fonctionne déjà.
Pour approfondir la phase d’action avec vos clients, nous avons détaillé notre manière de procéder dans la mise en action de votre ikigaï, et dans 3 façons d’explorer son ikigaï.
Intégrer l’ikigaï dans un bilan de compétences ou un accompagnement vers le sens au travail
Le bilan de compétences a ses étapes propres et son cadre réglementaire. Le Référentiel national qualité publié par France compétences rappelle que le prestataire met en œuvre et adapte la prestation, l’accompagnement et le suivi aux publics bénéficiaires. Autrement dit, la liberté de méthode est réelle : l’ikigaï peut s’y loger sans bouleverser la structure.
Dans la pratique, nous l’insérons au moment où le bénéficiaire explore ses motivations et ses aspirations, après l’analyse de parcours et avant la phase de validation des pistes. Il sert alors de fil conducteur : les compétences repérées dans le parcours nourrissent le deuxième cercle, les récits d’engagement le premier, et les rencontres de terrain testent le quatrième. Vous pouvez retrouver notre façon de procéder dans le bilan de compétences Ikigaï.

L’outil s’adapte aussi hors bilan. Plusieurs thérapeutes qui se forment avec nous l’utilisent pour accompagner un équilibre de vie ou un questionnement sur le sens au travail : la consigne reste la même, mais le cadre, la durée et les objectifs sont ceux de leur pratique. L’essentiel est de nommer clairement ce que l’ikigaï est dans votre dispositif (un support de réflexion) et ce qu’il n’est pas (un diagnostic ou un acte thérapeutique).
Animer un atelier collectif d’ikigaï
En groupe, l’ikigaï change de dynamique : l’écoute des autres devient une ressource. Bpifrance Création décrit dans une fiche pédagogique d’atelier d’introspection un atelier collectif pensé pour mieux connaître ses moteurs d’engagement et faciliter le passage à l’action, avec une rosace dérivée de l’ikigaï qui cherche l’équilibre entre ce que l’on aime, ce dont on a besoin et ce qui est utile au monde. C’est une bonne illustration d’un usage collectif sérieux.
Voici le déroulé que nous recommandons pour un atelier de deux à trois heures.
- Accueil et cadre (10 minutes). Présentez l’objectif, rappelez que rien n’est évalué et que chacun partage ce qu’il souhaite.
- Un temps de silence pour écrire (10 minutes). Les supports pédagogiques recommandent de laisser dix minutes d’introspection individuelle avant d’ouvrir la discussion : la parole qui suit est plus juste.
- Échanges en binômes. Chacun raconte un moment d’engagement, l’autre reformule. Cette étape est souvent la plus marquante.
- Mise en commun et repérage des thèmes. Sans chercher le consensus, on note ce qui revient.
- Un engagement d’action. Chaque participant repart avec une expérience à tester dans les semaines suivantes.
Sur le plan de l’animation, deux conseils : limitez le groupe pour que chacun puisse parler, et ne projetez jamais le schéma comme une vérité. Dans nos formations, nous travaillons avec des petits groupes de quatre à six personnes précisément pour cette raison.
Les limites à connaître et à dire
Usé comme un test rigide, le schéma à quatre cercles simplifie à l’excès des trajectoires de vie complexes. Trois limites reviennent souvent.
- Vouloir aller trop vite. Un schéma rempli en une séance donne l’illusion d’une réponse, alors qu’il ne fait que poser des questions.
- Exiger des liens parfaits entre les quatre sphères. Toutes les personnes n’ont pas une activité qui coche les quatre cases, et ce n’est pas un échec. Nous revenons sur ce point dans notre article sur les limites d’un livre ou d’un test ikigaï.
- Rester uniquement dans le mental. L’ikigaï aligne la réflexion, les ressentis et l’action. Sans passage par le corps et le terrain, il reste théorique.
Être transparent sur ces limites, notamment sur l’origine occidentale du diagramme, est une marque de sérieux. Vos clients y gagnent une posture plus libre, et vous une pratique plus solide.
Notre point de vue : l’ikigaï comme passerelle, pas comme destination
Nous accompagnons depuis Nantes des personnes en quête de sens, en reconversion ou en transition, ainsi que des professionnels de l’accompagnement qui souhaitent enrichir leur pratique. Ce que nous avons retenu de ces rencontres tient en une idée : l’ikigaï est un véritable tremplin lorsqu’il reste au service de la personne. Il ne dit pas à quelqu’un qui il est, il lui donne un langage pour se raconter et des repères pour décider.
Nous croyons à l’écoute fine, au respect du rythme et à la structuration progressive du projet. Nous croyons aussi au réalisme professionnel : un projet qui a du sens mais aucune viabilité n’est pas un projet, et un projet viable sans sens s’essouffle. L’art du coach est de tenir les deux. C’est pourquoi nous ne promettons jamais de « trouver votre métier idéal » : nous promettons un cadre, des outils concrets et une expérimentation à votre mesure.
— Axelle Martinelli
Se former pour utiliser l’ikigaï avec méthode
Si vous êtes coach, consultant en bilan de compétences ou thérapeute et que vous souhaitez intégrer l’ikigaï à votre pratique, notre formation Coach Ikigaï a été conçue pour cela. Elle se déroule sur deux journées non consécutives, avec une expérimentation entre les deux, des cas adaptés à votre métier et des supports réutilisables dès votre retour en séance. Elle existe en présentiel à Nantes et à distance, en petit groupe de quatre à six personnes pour une vraie personnalisation.

Pour les dates de la prochaine session et les modalités d’inscription, consultez la page de présentation de la formation : elle est mise à jour régulièrement.
Questions fréquentes
L’ikigaï peut-il vraiment servir de méthode de coaching à lui seul ?
Il peut structurer un accompagnement complet, mais il fonctionne mieux associé à d’autres outils : entretiens de récit de vie, travail sur les valeurs, enquêtes de terrain. Il reste un support de réflexion, pas une méthode qui garantirait un résultat. Chaque coach l’adapte à son cadre et à son public.
Combien de séances faut-il prévoir pour travailler l’ikigaï avec un client ?
Cela dépend du client et de l’objectif. L’Onisep note qu’un schéma peut ne pas être terminé lors de la première séance, et que des séances complémentaires peuvent être nécessaires. Prévoir plusieurs rencontres, avec une expérimentation entre elles, est un bon réflexe.
Peut-on utiliser l’ikigaï dans un bilan de compétences ?
Oui. Le bilan de compétences laisse au prestataire la possibilité d’adapter sa prestation et son suivi aux bénéficiaires, et l’ikigaï s’intègre bien à la phase d’exploration des motivations et des aspirations. Il vient compléter l’analyse du parcours et les enquêtes de terrain, sans les remplacer.
Comment animer un atelier ikigaï sans que cela reste superficiel ?
Prévoyez un temps de silence pour l’écriture individuelle, des échanges en binômes autour de moments d’engagement vécus et une action concrète à tester après l’atelier. Limiter la taille du groupe permet à chacun de s’exprimer. L’objectif n’est pas de remplir un schéma, mais de repartir avec une piste à expérimenter.
Sources
- Ikigai as a Framework for Career Counselling and Study (MDPI, 2025)
- Réaliser son Ikigai (Onisep)
- Fiche pédagogique : Atelier Introspection en action (Bpifrance Création)
- Support de webinaire sur l’étude de marché (Bpifrance Création)
- Référentiel national qualité (France compétences)
- Ikigai Venn Diagram: The Surprising Truth About Its Origin
- How to Use Ikigai Tools in Coaching (PositivePsychology)
- Ikigai worksheet with a 5-step guide (Pabau)